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Les techniques employées par Jean Linard


Jean Linard au travail (modelage), juillet 1988, archives familiales Linard

Lors de l’élaboration de sa Cathédrale, Jean Linard a exploré un grand nombre de techniques différentes telles que la céramique, la mosaïque, la sculpture ou encore l’architecture. Les matériaux utilisés, pour une grande part récupérés, présentent également une grande diversité. Il a souvent choisi, dans une démarche d’expérimentation, de détourner ces techniques et ces objets pour servir au mieux ses créations et sa symbolique.

La céramique

Dans les premiers temps de son apprentissage, vers 1960 à La Borne, en plein renouveau collectif de la pratique céramique, Jean Linard crée surtout des pièces utilitaires, au tour, et notamment de la céramique alimentaire : bols, assiettes, coupes, saladiers, plats, pichets, mazagrans, vases recouverts d’émaux à base de cendres (chêne, paille ou vigne) pour obtenir des blancs crémeux, des roses, des verts céladon et des bleus.  Dès 1961, il créé ses premières rondes bosses : la Vierge à l’Enfant, la Pin-Up, les Machines à écrire … Il réalise également des épis de faîtage, dans la lignée de la tradition céramique de La Borne.

En 1974, il crée son premier chat en grès, début d’une longue liste de pièces animalières : chats, oiseaux, chouettes… Viennent ensuite des séries de poupées et d’anges. Ces sculptures prennent place sur les toits de sa maison dès les années 1970.


Chat (technique du raku) © Gérard Guenin

A partir des années 1970, la technique du raku se propage rapidement chez les potiers français et Jean Linard en fait un usage régulier à partir des années 1980. Le raku est le résultat d’une technique d’émaillage développée au Japon. Il est lié traditionnellement à la fabrication des bols destinés à la cérémonie du thé. On utilise un grès chamotté, comme celui trouvé aux alentours de la Borne, car les pièces doivent résister à de forts écarts de température. Les pièces sont en effet sorties du four à environ 1000°C puis plongées dans un bain de carbone (de la sciure par exemple) pour limiter l’apport d’oxygène (réduction). Ce refroidissement rapide occasionne un choc thermique important et génère un réseau de craquelures. Le raku donne une grande liberté à l’artiste et le résultat apporte toujours des surprises : c’est probablement ce qui plaisait beaucoup à Jean Linard.

Des traditions du village de la Borne, Jean Linard retient certaines techniques (le grès au sel mais dont il s’éloigne dès 1977), les formes (épis de faîtage) mais aussi le goût pour le figuratif. En 1977, il acquiert un four à gaz, souhaitant plus de précisions et de contrôle sur ses émaux. Il ne cuira plus jamais au bois, s’éloignant ainsi des méthodes traditionnelles des potiers de la Borne.

La mosaïque

En tant que céramiste, Jean Linard réalise dans un premier temps ses propres carreaux de céramique qui servent, sous forme de mosaïque, à recouvrir une partie des structures de sa Cathédrale. Ces carreaux sont engobés ou émaillés par ses soins, dans différentes nuances de bleu, blanc ou noir. Par la suite, pour alléger son travail, il décide d’aller récupérer des rebuts de mosaïques à la manufacture d’émaux de Briare. On observe chez Jean Linard une influence directe de Gaudí dans son utilisation de la mosaïque, dans sa manière globale de concevoir la construction, en utilisant un grand nombre de techniques tout en laissant libre cours à sa créativité. 


Souche de cheminée. « L’essentiel, c’est que ça pète de couleurs» - Entretien avec Claude Arz, in La France insolite, Paris, Hachette, 1994 © Région Centre, Inventaire général, F. Lauginie

Une œuvre architecturale

En 1983, Jean Linard commence la construction de la Cathédrale avec le « grand bâtiment » en pierres, briques et mosaïques situé vers le fond de la carrière et appelé aujourd’hui « le chœur ». Il poursuit  son œuvre avec la réalisation de grands triangles formant le chœur de la Cathédrale ainsi que ceux répartis dans le jardin, mais aussi avec les arcs, monuments et croix du calvaire. Ces structures sont des œuvres de maçonnerie qui relèvent de techniques de construction que Jean Linard a peut-être appris auprès de son oncle, entrepreneur dans le bâtiment. Ces structures sont mises en scène, témoignant d’un sens de l’aménagement de l’espace, tel un architecte.

La plupart des éléments en maçonnerie, béton ou ciment sont fondés dans le sol et reposent parfois, comme les arches du chœur, sur des colonnes en fer ou en fibrociment. La brique est également associée à la construction, dans un appareil mixte et plus ou moins régulier (Tour Rocard).

La sculpture et la récupération

A partir des années 1990, Jean Linard utilise de nouveaux matériaux pour la réalisation de ses œuvres sans pour autant négliger la céramique. L’observation des sculptures dispersées sur le site de la Cathédrale révèle ces différentes techniques. Certaines sont en céramique tournée et/ou modelée, d’autres, comme les Gardiens du temple ou certaines tuiles décoratives, sont des sculptures constituées d’éléments divers assemblés : métal recouvert de peinture, de mosaïque colorée ou encore de baguettes de céramique. Aux techniques déjà mentionnées s’ajoute la mise en œuvre de matériaux de récupération trouvés dans un environnement proche : bouteilles enfilées sur des tiges métalliques, chutes de verrerie, miroirs, tôle industrielle, grilles, roues d’engrenage, instruments agricoles, outils de jardinage, fragments de poupées, perles et boutons, isolateurs, siège de tracteur, ventilateurs, outils de cuisine (fouet, plat à tarte, passoire), boîtes de conserve, ressorts, roues de vélo, piètement de machine à coudre, galets et silex, coquillages… et même des feuilles d’or qu’un fils de fabricant de porcelaine lui échangea contre des œuvres.


Triangle "Dieu", jardin bordant les ateliers © Région Centre, Inventaire général, F. Lauginie 

« Je fais des sculptures en fer avec des collages de terre, de carreaux de couleurs, qui sont les personnages qui animent ma cathédrale… Les personnages, les Gardiens du temple… il y en a tout autour dans les bois. » Jean Linard.

La technique de l’assemblage d’éléments diversifiés est également illustrée par ce que Jean Linard appelait ses « vitraux » : placés dans le chœur et sur les triangles, ces « vitraux » sont constitués de roues de vélos dans lesquelles ont été assemblées des morceaux de verre provenant entre autres de l’atelier de son fils Joël (artisan verrier).

Glossaire :

Terre chamottée : terre lisse dans laquelle ont été intégrées des particules plus épaisses (la chamotte). Le plus souvent la chamotte est elle-même une argile cuite broyée plus ou moins finement.

Céramique tournée : objet en terre façonné à l’aide d’un tour.

Céramique modelée : objet en terre façonné à la main.

Céramique glaçurée ou émaillée : objet en terre recouvert d’un enduit vitrifiable afin de le décorer et de le rendre imperméable.

Émail : matière vitrifiée et brillante appliquée par fusion sur la céramique.

Engobe : revêtement à base d’argile délayée, colorée ou non, dont les potiers recouvrent leurs  pièces de céramique pour en modifier la couleur naturelle.

 

 

L’atelier de Jean Linard en 2014, vue d'ensemble.

© Région Centre, Inventaire général, F. Lauginie

L’atelier de Jean Linard, en 2014, vue d'ensemble.

© Région Centre, Inventaire général, F. Lauginie

Le four de Jean Linard en 2014.

© Région Centre, Inventaire général, F. Lauginie

Four

© Région Centre, Inventaire général, F. Lauginie

Bâtiments d’habitation construits par Jean Linard, cour intérieure

© Région Centre, Inventaire général, F. Lauginie

Vue de détail d’un relief représentant une tête humaine, accroché au triangle JESUS, portail d'entrée de la Cathédrale.

© Région Centre, Inventaire général, F. Lauginie